“L’Homme et l’Espace” Mario Guastoni

 

EXPOSITIONS

Catherine Thomas ou « l’homme et l’espace »

 

La peinture de Catherine Thomas se place sous les figures tutélaires de Klein, Debré, Fautrier et Tal-Coat, s’inscrivant alors dans une volonté de représenter le monde environnant à l’intérieur même de sa propre matérialité. Pour cela, elle décline un principe paradoxal, celui de la disparition comme phénomène révélateur. Ainsi, afin d’accentuer les notions de profondeur et d’espace, elle s’efforce d’effacer toute notion de perspective, organisant l’espace par la superposition de différentes couches de couleurs, d’épaisseurs et de structures. Il en résulte un jeu des forces internes qui, associé avec son travail sur le pigment et le monochrome, conduit ses toiles à exprimer l’espace comme découlant de la force même de la lumière.

Ce parti pris du paradoxe entre l’épaisseur de la peinture vécue comme une matière à part entière et la fluidité de la lumière agencée en couche monochrome permet l’émergence d’une forme unique, élégante et architecturée, au sein de grands espaces vides. Cette virtuosité dans la conjonction des matières et couleurs ne conduit pas pour autant l’artiste à s’enfermer dans un travail formel et plastique qui se suffirait en lui-même, qui s’inscrirait en faux contre le monde. Catherine Thomas écrit en effet que « la peinture et son expression étaient en analogie avec la nature, qu’elle semblait répondre à mes interrogations sur le monde ainsi qu’au regard que je portais sur le réel. Tous les sujets exploités se sont exprimés dans l’observation des différents paysages de ma vie avec l’expérimentation de la peinture, comme si le corps pictural de mes propres productions étaient peu à peu devenu l’essence ou la synthèse de ma propre consistance »

Cette intersection entre la quête d’une œuvre et une autobiographie spirituelle mène l’artiste à s’interroger sur la figure humaine au cœur du monde, sur la relation entre l’homme à l’espace. Elle place alors sur la toile tout un ensemble de corps qui évoluent entre mouvement et fixité, étant à la fois silhouettes et signes, véritable ballet abstrait du devenir des êtres. Pour Catherine Thomas, « ces sujets cohabitent maintenant dans des lieux et non plus dans des espaces ; ils se fondent et se répondent dans un milieu »

Néanmoins, fidèle à son principe de l’effacement, elle ne fait que suggérer les personnages et les décors, l’ensemble de la proposition laissant au spectateur l’illusion d’un monde qui s’assumerait comme pure idée de lui-même, sorte d’archétype s’inscrivant en filigrane sur la toile. Aussi, pour l’artiste, « les personnages déambulent dans le cheminement d’une pensée fugitive et tentent de s’imposer comme l’expression soudaine d’une forme ou d’un désir de vivre. Et si la silhouette en question intervient dans le décors urbain par exemple, ce n’est pas pour tirer profit du lieu, mais plutôt pour mieux le faire évoluer au travers d’une recherche inépuisable, celle de l’homme avec son propre espace ».

Cette peinture pratique alors un art de l’agencement des signes comme révélateur d’une réalité première qui fait de l’homme la mesure de l’espace et de l’humanité.

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